« Si y a quelques années, je m’étais étais vu ici, dans cette prison, tremblant, le regard vide plus muet qu’une tombe, inapte à regarder quelqu’un dans les yeux y aurais-je cru ? Comment aurais-je imaginé, le chemin qui m’a mené jusqu’ici ? Quel scénario aurais-je inventé ? Je ne sais pas, on ne peut pas se l’imaginer, tant qu’on est innocent. On ne peut pas mettre dans la peau de celui qui a réduit une vie au néant, on ne s’identifie pas à ce genre d’homme ! Et une fois qu’on a basculé, c’est difficile de se rappeler qu’on a un jour été comme tout le monde, innocent, au-dessus de tout soupçon, un citoyen modèle pratiquement… »

Dans l’aile psychiatrique d’une prison, six hommes échangent leurs histoires, leurs doutes, leur part d’ombre. Parmi ces hommes, Denis qui a tué sa compagne à l’âge de 22 ans, essaye de retracer son histoire, de comprendre. Tout dans son intelligence, dans ses sens, dans ses perceptions s’est trompé. Pourquoi est-il aller jusque-là ? Ce drame aurait-il pu être évité?

Le spectacle nous emmène dans les méandres de la folie de Denis, dans sa solitude face à ce qu’il prenait pour des découvertes sur le monde, des rencontres avec Dieu, avec l’univers. Il ne s’agit ni d’un méa-culpa, ni d’un jugement sur le passé, mais plutôt d’un essai de penser l’impensable, de comprendre l’incompréhensible, de donner une place quelque part, en dehors du pardon, à la voix d’un homme qui cherche à se comprendre.

En miroir de ce questionnement, huit femmes nous proposent de nous pencher sur nos propres part d’ombre, sur notre enfermement intérieur, sur nos certitudes qui contiennent toutes en elle une menace de folie, sur le danger de la solitude dans nos sociétés où chacun se méfie de ce qu’il dit et de ce qu’il entend…Leur voix nous ramènent au nous pour créer une interrogation commune et casser les murs qui nous illusionnent sur une séparation entre l’ange et la bête.

Fiche technique