« Quand tu es folle, dans la rue, on t’évite si tu es en crise. Pendant le confinement, tout le monde évite tout le monde, change de trottoir, donc nous, les fous, on ne voit pas trop la différence. »

Mars 2020 : quelque chose bascule, une parenthèse s’ouvre avec de nouvelles règles, de nouvelles habitudes, de nouvelles peurs, de nouveaux rituels. Les frontières se brouillent : ce qui semblait normal passe pour « fou », ce qui avait l’air « fou » paraît normal.

« Interstices » est un spectacle qui propose un regard oblique, un regard depuis la marge, sur cette période particulière. Comment vit-on ce changement sociétal quand on est dit « fou »? Quels sont nos ressources, nous qui connaissions déjà l’enfermement, l’inactivité, la solitude, l’ennui bien avant ce basculement ? Comment raisonnent pour nous l’isolement, la peur, la sécurité, la surveillance, le rythme de vie, la soif de performance, la place du corps dans nos sociétés ?

Écrit et répété par téléphone, durant les deux périodes de confinement, l’existence même de ce spectacle et son processus de création constituent un espoir, une lutte, un mouvement dans un univers qui peut sembler à l’arrêt. Ce mouvement invite le spectateur à s’interroger sur le monde actuel mais aussi sur l’avenir. Après cette parenthèse – qui a du mal à se refermer –, il reste trois petits points. La suite est à écrire ensemble.