Synopsis
Dans un bar, Pierrot raconte. Les voix qu’il entend, la chute, l’hôpital, l’isolement. Autour de lui, des clients passent, parlent, débattent, plaisantent. Leurs paroles font écho à la sienne, la contredisent parfois, la prolongent souvent.
L’homme d’onze heures moins le quart est une traversée fragile et poétique à la frontière entre normalité et folie, là où les certitudes vacillent et où la parole devient lien.
Genèse et intention
L’homme d’onze heures moins le quart est l’adaptation cinématographique d’une pièce de théâtre écrite par Sophie Muselle sur base d’un récit de vie et de textes écrits par Pierre Renaux, un acteur qui a connu un long parcours en psychiatrie. Pierrot a raconté son histoire, qui a été enregistrée puis retranscrite, et il a également écrit de nombreux textes lors de ses crises. À partir de ce matériau, Sophie Muselle a découpé et assemblé les paroles pour en faire une œuvre théâtrale.
Cette pièce a été jouée de nombreuses fois entre 2015 et 2019, devant des publics très divers, parfois dans des lieux où la parole sur la psychiatrie est encore taboue. En 2025, nous avons repris la pièce et Boris Lehman a été touché par le projet et le spectacle, et a proposé qu’on en fasse un film.
Faire ce film aujourd’hui répondais à une nécessité : ne pas laisser disparaître cette expérience collective, mais la transformer en un objet de cinéma autonome, qui ne soit ni une captation, ni une illustration de la pièce, mais une véritable réécriture cinématographique.
Le film comme la pièce se déploiera dans un bar, lieu de passage et de suspension, à l’image de l’état de Pierrot, constamment entre deux rives. Le bar devient un espace mental autant qu’un espace social, où les paroles circulent librement, sans hiérarchie entre celui que l’on dit « fou » et ceux qui se pensent « normaux ».
La mise en scène cherche le sincère plutôt que le spectaculaire, la présence plutôt que la performance. La collaboration avec Boris Lehman va dans ce sens. Son parcours de cinéaste hors système, son travail de longue date avec des personnes psychiatrisées au sein du club Antonin Artaud, et sa manière de considérer chacun comme un artiste à part entière, rejoignent profondément l’éthique de L’Appétit des Indigestes.
L’homme d’onze heure moins le quart n’est pas un film sur la folie, ni un film sur des fous. C’est un film sur la fragilité que chacun traverse, parfois sans tomber, parfois en chutant. Un film qui interroge ce que notre société fait de ses fragilités, et comment, malgré tout, la parole peut encore créer du lien.
Le film est fondé sur l’expérimentation, la présence et le jeu avec des personnes en difficultés. Il ne cherche pas à expliquer ou documenter la folie, mais à créer une expérience cinématographique où la parole et les corps deviennent matière de cinéma.